PASSION & SPORT

JEAN TINGUELY

La poésie de la machine

Premiers succès 

Jean Tinguely, EOS XII (1967)

Jean Tinguely (1925 – 1991) est un artiste suisse emblématique du mouvement des Nouveaux Réalistes. Dans les années 1930, Tinguely étudie à l’École des arts et métiers de Bâle. Après la guerre, il multiplie les expositions en France et en Suisse.

 

C’est en 1960, avec son Hommage à New York, que Tinguely accède à la reconnaissance internationale. Machine autodestructrice présentée au Museum of Modern Art,  l’Hommage est constituée d’objets trouvés dans les décharges. Elle ouvre une période de grands succès pour l’artiste, période qui est aussi une phase d’épuration de son style.

Mettre les œuvres en mouvement 

Dès 1965, Tinguely cesse d’explorer la voie du recyclage d’objets hétéroclites et se lance dans la constitution de gigantesques machines animées recouvertes de noir. « Le noir garantit […] à l’engin l’homogénéité de la forme […]. Le noir est une manière de faire disparaître l’objet trouvé – c’est le geste “anti-nouveau-réaliste” par excellence […] ».  

 

Ce noir attire le regard sur les aspects mécaniques de la sculpture pour mettre le mouvement en valeur. Ainsi, les travaux de Tinguely postérieurs à 1965, à la manière d’Eos XII (1967), sont dorénavant animés d’une dynamique propre et imprévisible qui interpelle le spectateur.

Quand mécanique et automobile se font art 

Passionné de mécanique, Tinguely est naturellement approché par Renault. Parmi les œuvres issues de cette collaboration, Requiem pour une feuille morte conçue en 1966 pour l’Exposition universelle de Montréal. Sculpture monumentale, Requiem est un gigantesque rouage de bois, cuir et métal. Recouvertes de noir, les roues de toutes tailles sont actionnées par un moteur qui, à l’extrémité de l’œuvre, ne fait qu’activer une toute petite feuille blanche. Ce mouvement d’une feuille morte ramenée à la vie par le génie humain consacre la réconciliation de la machine et de la poésie. Réconciliation chère à l’artiste et à son commanditaire.

 

Sa passion pour l’automobile pousse également Tinguely à réaliser Pit-Stop (1984-1985), dans un hangar loué par Renault. Cette œuvre, qui restera la propriété de l’artiste, incorpore des projections cinématographiques à une sculpture composée de pièces de moteurs et de carrosserie de Formule 1 choisies par l’artiste à l'usine Renault Sport. Un échange fécond entre ingénieurs et artiste précurseur. Tinguely fera don de l’œuvre au Musée Tinguely de Bâle.