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ENTRETIEN AVEC THIERRY KOSKAS

Comment va fonctionner la future voiture électrique ? A quels changements faut-il s'attendre au quotidien ? Eclairage avec Thierry Koskas, directeur du projet véhicule électrique Renault.

Comment se déroulera l’achat d’un véhicule électrique ? Y aura-t-il des différences une fois chez le concessionnaire ? 

Thierry Koskas, directeur du projet véhicule électrique Renault

Aujourd’hui vous achetez une voiture et sortez de la concession avec votre véhicule. Demain vous allez acheter un véhicule électrique mais aussi louer une batterie et enfin passer un contrat pour pouvoir utiliser les bornes de recharges qui seront situées dans la rue, à proximité du bureau ou dans des parkings.

 

Il y a donc trois opérations à prendre en compte. Vous pourrez faire tout ça chez votre concessionnaire, c’est ce qu’on appelle le « one stop shopping ». Votre concessionnaire proposera l’achat de la voiture, la location de la batterie et le contrat pour vous fournir en énergie.


Quelles sont les offres imaginées pour la fourniture d’électricité ? 

Il pourrait y avoir différents types d’offres, à la manière de ce qui se fait dans le secteur de la téléphonie mobile. Première possibilité : très simplement, vous payerez chaque fois que vous rechargerez votre véhicule à une borne (autour de 2 euros pour faire un « plein » puisque c’est de cet ordre de grandeur).

 

Autre possibilité : vous pourrez souscrire des forfaits mensuels. Ce n’est qu’un exemple, mais pour 20 euros par mois, il sera possible de parcourir une distance de 1 000 km. Comme pour tout forfait, en cas de dépassement il faudra payer à la recharge.

 

Il nous sera possible de proposer à chaque client un package en fonction de ce qu’il veut et de la manière dont il veut utiliser sa voiture.


Quels sont les différents modes de recharge envisagés pour les véhicules électriques ? 

Trois possibilités sont envisagées. La première, c’est de recharger à la maison, c’est ce qu’on appelle la charge « standard », dont la durée se situe entre 4h et 8h. La nuit est le moment le plus favorable et ainsi le lendemain matin votre voiture est entièrement chargée. La deuxième possibilité, c’est d’amener la voiture auprès de stations de charge rapide : 20 à 30 minutes devraient suffire. Enfin, la troisième possibilité est une originalité Renault, puisqu’il s’agit de stations d’échange de batteries appelées « quick drop ». Imaginez une sorte de portique comme une station de lavage, vous rentrez votre véhicule, le système retire la batterie et la remplace par une nouvelle. En 3 minutes vous avez une batterie entièrement chargée à votre disposition !

Y a-t-il une concertation entre constructeurs automobiles, notamment en termes de standardisation (prises, batteries, stations d’échange de batterie) ? 

Concernant les stations « quick drop », c’est une technologie que nous développons conjointement avec Nissan. Il est tout à fait possible que d’autres constructeurs adoptent le même principe. La principale difficulté, c’est qu’aujourd’hui les batteries ont des formes qui varient selon les véhicules. Cela signifie que s’il y avait d’autres constructeurs, d’autres marques susceptibles d’utiliser ces stations, il faudrait évidemment prévoir une standardisation des batteries. Je pense qu’à terme on arrivera à faire en sorte que les stations « quick drop » puissent servir n’importe quel véhicule électrique.

 

Au niveau des bornes de recharge, nous discutons au niveau européen avec la totalité des constructeurs pour s’assurer que tout le monde aura une prise de forme identique.


Quel sera l'impact d'une commercialisation massive de véhicules électriques au niveau de la production d’électricité ? 

Fluence Z.E. Concept

Il faudrait vraiment qu’il y ait des millions et millions de véhicules électriques pour qu’il y ait un impact sur la consommation et sur la production d’électricité. La nuit, notre capacité d’électricité est complètement sous employée donc si on arrive à faire en sorte que les clients rechargent leur automobile la nuit, cela n’aura aucun impact sur la production d’énergie.

 

Evidemment, si à terme la moitié du parc roulant devient 100 % électrique, ce sera une autre affaire. J’adorerais que ce soit le cas, mais je pense que ce sera mon successeur qui en verra les bénéfices…

 

Données-clés à retenir :

 

  • 80 % des déplacements en Europe font moins de 60 km
  • Investissement Renault Nissan pour le VE : 200 millions d’euros par an
  • Autonomie de la batterie : autour de 160 km dans le cadre d’une utilisation normale du véhicule
  • Perspective estimée dans 10 ans : que 15 à 25 % des ventes automobiles annuelles soient électriques (Europe) 
  • Depuis 1992, Nissan travaille sur la conception de batteries lithium-Ion
  • Charge standard d’une batterie lithium-ion (depuis le domicile) : 4 à 8 heures, charge depuis une borne rapide : 20 minutes, échange de batterie par « quick drop » : 3 minutes