PASSION & SPORT

ARMAN


Gourmande collaboration 

Arman (1928 – 2005), peintre, sculpteur et plasticien français, est mondialement célèbre pour ses Accumulations d’objets quotidiens et emblématiques des civilisations industrielles. Après des études à l’École des Arts décoratifs de Nice et à l’École du Louvre, il devient l’un des membres fondateurs du groupe des Nouveaux Réalistes.

 

C’est en 1967, acte fondateur de la Collection Renault, qu’Arman se rapproche du constructeur automobile. Objectif : travailler à l’usine, « mon magasin de couleurs » comme l’appellera l’artiste. Son travail se concentre sur l’industrie et son mode de fonctionnement. La perspective de tester son triptyque production – consommation – destruction sur des objets industriels le séduit : « En me montrant comment ces éléments étaient fabriqués et préparés avant d’être montés à l’usine, on m’a donné beaucoup d’appétit. »

Accumulations 

Trois grandes catégories d’œuvres sont ainsi réalisées par l’artiste sous l’égide du service Recherches, art et industrie de Renault. Dans la première, les pièces sélectionnées par Arman sont soigneusement agencées au sein de l’œuvre. L’Accumulation Renault n°114, constituée d’hélices de ventilateurs, est à ce titre emblématique.

 

L’Accumulation n°115, qui superpose de manière chaotique des exemplaires du logo Renault, relève de la deuxième catégorie d’œuvres. Accumulations en vrac, elles détruisent tout repère spatial pour imposer leurs propres normes, imprévisibles et déroutantes.

 

Le troisième groupe d’œuvres est le plus spectaculaire. Plus proches de la sculpture, ces œuvres sont composées d’accumulations de pièces de carrosserie. Le résultat est à l’image de l’Accumulation Renault n°152 : colossal.


Identité d’intérêts 

La fructueuse collaboration de l’artiste et de l’industriel sera littéralement scellée dans la pierre. Deux murs d’accumulations de 6 mètres de large sont intégrés dans l’architecture du siège de Renault début 1974. Constituées de boîtes de culasses sciées et juxtaposées sur un fond noir, ces deux œuvres sont étonnement vivantes et harmonieuses.

 

Toutes ces œuvres témoignent d’une profonde identité d’intérêts entre Arman et Renault. Les Accumulations de l’artiste recyclent avec un regard critique les productions de l’industriel. Avec, en toile de fond, une analyse des enjeux de la perte d’identité liée à la production en série. « Le fait d’avoir visité en détail les usines, plus que visité, d’y avoir un peu vécu, m’a confirmé la nécessité d’une forme d’existence moderne », conclura Arman.