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RENAULT 4, L'ÉTERNELLE JEUNESSE

Plus référencée sur Google que Brigitte Bardot, sa silhouette familière, typiquement française, fait encore tourner les têtes. Elle n’a peut-être pas les courbes les plus avantageuses, mais malgré ses 50 ans, ses admirateurs lui sont attachés comme on peut l’être à son blue-jean préféré. Elle est même devenue un objet de convoitise pour les collectionneurs. Sa beauté réside dans sa simplicité et sa franchise. Sa ligne originale et ingénue a pourtant révolutionné le monde de l’automobile. C’est la petite voiture fiable et pratique qui a conquis le cœur du monde entier. Mais revenons sur ses débuts, qui ne sont pas toujours bien connus…

La naissance d’une quinquagénaire légendaire, la Renault 4 

Au bureau d’études, c’était le « Projet 112 ». Il avait été question à un moment de la baptiser « Domino », pour finalement choisir R4, tout simplement. Depuis 1956, le PDG de Renault de l’époque, Pierre Dreyfus, avait le sentiment que les gens étaient dans l’attente d’une voiture au style jeune et décontracté, un véhicule du quotidien que l’on pourrait remplir de matériel professionnel, comme des courses de la semaine, et qui servirait aussi bien le dimanche pour les pique-niques en famille.

 

Première voiture polyvalente, c’est une véritable révolution. Mais pour en arriver là, il aura fallu repenser le concept même de l’automobile, en commençant par mettre le moteur à l’avant, permettant de transformer une berline familiale en fourgonnette par simple rabat de la banquette arrière. Même le hayon du coffre était à l’époque une première mondiale – une idée reprise depuis par tous les constructeurs de la planète. Quand on parle de « changer l’automobile » !

 

Deuxième aspect révolutionnaire de la R4 : son prix. Pierre Dreyfus voulait en faire une voiture française à la portée de toutes les bourses. Il a donc dit à ses ingénieurs qu’elle devait pouvoir être vendue « 350 000 francs et pas un centime de plus » (soit l’équivalent d’à peu près 50 dollars de 1961), d’où son surnom de « Projet 350 ».


Les limites de l’audace  

La Renault 4 à ses débuts.

Pierre Dreyfus est tellement passionné par son « bébé » qu’il ne résiste pas à la tentation d’assister aux essais secrets réalisés sur les routes de Sardaigne. Comme un gamin, il demande au pilote d’essais de lui laisser le volant pour quelques kilomètres. Mais sur ces routes difficiles, il se laisse surprendre et perd le contrôle du véhicule, qui plonge dans un ravin.

 

Que fait-on quand le patron fait sortir le prototype du décor ? On ne dit rien. Louis Buty, le malheureux pilote d’essais qui était assis sur le siège du passager, a été blessé dans l’accident. Mais pour éviter que le projet s’ébruite et ne pas donner d’indices aux concurrents avides d’informations, on invente une histoire. Les rumeurs vont bon train, bien entendu. On parle même d’une histoire de femme… Pierre Dreyfus finira par avouer toute la vérité, une fois le succès de la R4 assuré.


Une beauté intérieure 

Sheila et la Renault 4.

S’il ne reste plus aucun des concepteurs d’origine pour témoigner, on sait que les aspects pratiques ont primé sur les artifices esthétiques, au moment de la genèse de la R4. Lors du lancement italien du véhicule, en 1961, un célèbre mannequin de l’époque a refusé d’être photographié en compagnie de la Renault 4, jugée vraiment peu glamour. Heureusement, d’autres ont fait moins de chichis, comme ces quatre jeunes Françaises chargées par Renault de rallier en 4L l’Alaska, au départ de la Terre de Feu. Mission accomplie, comme le prouve la voiture « marquée » que Renault conserve aujourd’hui dans ses collections. Elle porte, outre les stigmates classiques d’un si long voyage, toute une liste de noms de garçons, griffonnés sur les garnitures intérieures. Des années plus tard, l’une des quatre aventurières avouera qu’il s’agissait des rencontres qu’elles avaient faites sur la route. Ah, l’esprit des années 60 !  

 

Car avec la 4L, c’est de toute évidence l’intérieur qui compte : notre belle héroïne a ravi le cœur d’innombrables soupirants et s’est vendue à plus de 8 millions d’exemplaires, dans une centaine de pays du monde entier. Aujourd’hui encore, les collectionneurs s’enflamment pour un modèle rare de leur chère Renault 4, surtout lorsqu’il date des premières années. Jean-François Préveraud se considère ainsi comme le plus heureux des collectionneurs de 4L de la Terre, car il est le propriétaire d’une voiture portant le numéro 191, la plus ancienne connue actuellement.  « Elle est marquée par la rouille, elle est incapable de rouler et elle n’a pas vraiment bonne mine, mais c’est la plus belle pièce de ma collection », explique-t-il.


L’anniversaire d’une vieille connaissance 

L'usine Renault de l'Ile Seguin.

On n’a pas tous les jours 50 ans. La Renault 4 est traitée pour l’occasion avec tous les égards dus à sa silhouette désormais légendaire. Un homme s’affaire en coulisse pour préparer l’événement. Il s’agit de Raul Vazquez, qui a notamment travaillé sur les chaînes de montage de la 4L, dans les années 70 sur l’île Seguin, aux usines Renault de Boulogne-Billancourt.

 

Avant de prendre une retraite bien méritée en décembre 2010, il a amoureusement bichonné pendant dix-huit mois la collection de véhicules de Renault. Sa dernière mission a consisté à préparer nombre de modèles remarquables de R4, en prévision de ce 50e anniversaire. « Les mécaniciens plus jeunes que moi savent que j’ai travaillé sur les chaînes de montage d’origine et ils me posent sans arrêt des questions : « Comment on met cette pièce ? Ça, ça va où ? » Pour moi, c’est très touchant. »

 

À suivre : la Renault 4 se lance dans la course…


“4” FAITS 

  • La voiture française la plus vendue de tous les temps
  • Troisième voiture la plus vendue au monde
  • 8 135 424 exemplaires vendus
  • 33 années de production,  de 1961 à 1994 (derniers véhicules produits au Maroc et en Slovénie)